Prise de vue en parallèle, prise de vue en convergence* et profondeur du relief

Ces deux méthodes de prise de vue ont des conséquences différentes sur la profondeur de relief et le positionnement du relief.

Rappel :  la profondeur de relief à la prise de vue obéit aux lois de la géométrie, de l’optique, de la chimie (support argentique) ou de la physique (capteur numérique). Alors que la profondeur de relief perçue par le spectateur obéit aux lois de la physiologie humaine (science humaine faisant partie de la Médecine).

Contrairement aux comparaisons habituellement présentées, l’œil n’est pas un appareil photographique, il ne fonctionne pas de la même façon et n’a pas les mêmes capacités .Entre autres, dans un appareil photo, la mise au point s’effectue par déplacement de l’objectif, alors que dans l’œil elle s’effectue par déformation du cristallin. D’autre part, le capteur photographique est plan alors que la rétine est sphérique .De plus la résolution du capteur est constante sur toute sa surface alors que 90% de la « résolution » de la rétine sont concentrés sur la macula qui ne représente que 10% de la surface de la rétine.De plus, chaque rétine est divisée en deux hémi-rétines qui ne captent chacune que la moitié du champ visuel.

En fait le système visuel n’est pas comparable à un appareil stéréoscopique, mais à la conjonction de deux appareils stéréoscopiques dont l’un perçoit la moitié droite du champ visuel en relief, et l’autre la moitié gauche du champ visuel en relief.
 

Première constat :

« La profondeur de relief captée lors de la prise de vue est fixée définitivement sur les deux images du couple stéréoscopique ».

 

Deuxième constat :

« La profondeur de relief perçue lors de la restitution et son positionnement dépendent de la position respective des deux images lors de la présentation et de la position du spectateur par rapport à l’écran»

Ce phénomène est parfaitement perceptible lors de la projection si on modifie les positions respectives de chaque image du couple, ou si l’on se déplace dans la salle.

 

Troisième constat :

« Lors de la prise de vue en parallèle, les seuls objets dont les images sont identiques sur les deux vues sont les objets situés à l’infini » (ou, en pratique, dans le plan le plus éloigné).

Géométriquement, l’infini est considéré à « l’extrémité » des deux lignes parallèles des axes optiques des objectifs En conséquence, la profondeur du relief est positionnée en avant de l’infini. Mais on peut, lors du montage ou de la projection, choisir le plan sur lequel le relief est positionné (premier plan, plan intermédiaire, dernier plan). Cela se fait très facilement en projection numérique.

La prise de vue en parallèle permet, lors de la postproduction, de modifier le positionnement du relief, mais pas sa profondeur, qui est fixée sur le capteur : la profondeur de relief correspond, en termes de « parallaxe linéaire » utilisés par les stéréographes, à la somme des valeurs absolues de la parallaxe positive (écart entre les points homologues situés dans le plan le plus éloigné) et de la parallaxe négative (écart entre les points homologues situés dans le plan le plus proche). Mais si la profondeur de relief captée est trop importante, on risque de ne pas pouvoir fusionner à la fois les plans les plus éloignés et les plans les plus proches.

D’ailleurs on constate que si on veut positionner le relief « au-delà de l’infini » (notion d’optique) on doit sur écarter les points à l’infini et on crée une divergence qui ne permet pas de fusionner et d’obtenir la vision du relief.

 

Quatrième constat :

« Lors de la prise de vue en convergence, les seuls objets dont les images sont identiques sur les deux vues sont les objets situés au point de convergence ».

En conséquence, la profondeur de relief est positionnée en arrière et en avant du point de convergence. Dans cette configuration, la notion d’infini n’existe pas car toutes les lignes de visée convergent , il n’y a pas deux lignes parallèles.

Résultat de la prise de vue en convergence : la profondeur du relief pouvant être perçue par le spectateur est répartie « également » en avant et en arrière du point visé. Le positionnement et la profondeur du relief ne peuvent être modifiés sans risque de déformations, mais pratiquement l’ensemble des champs captés est fusionnable.

 

En images argentiques, on peut modifier le positionnement du relief par le choix des points homologues confondus sur l’écran, mais on ne peut pas modifier la profondeur du relief (mesurée en "parallaxe linéaire"), qui est contenue dans l'image fixée. En images numériques, des logiciels peuvent modifier le positionnement et la profondeur du relief.

 

(*) Sur ce sujet plus général voir l'article de Pierre Meindre, Lettre de mai 2020.